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LA VIE D'arbitre

Être arbitre, ne pas pouvoir exulter : Joey Crawford revient sur le tir de Ray Allen face aux Spurs


On n’y pense pas souvent, pourtant ces hommes et femmes sont bien là. Même dans les grands moments, les arbitres doivent rester calmes et ne pas partir dans tous les sens : un ancien de chez les anciens est revenu sur une action légendaire.
Faut-il vraiment présenter Joey Crawford ? Arbitre désormais retraité après une quarantaine de saisons passées à foutre des techniques à quiconque croisant son regard, l’une des figures les plus marquantes de ces dernières décennies a raccroché le sifflet et peut ainsi profiter un peu plus de la vie. Du sport, de sa famille, de moments où la spontanéité prend le dessus, plutôt que de devoir agir presque machinalement. Malheureusement, pour nos amis qui doivent faire en sorte que la rencontre se déroule dans un cadre un minimum régulé, il peut vite devenir compliqué de retenir ses émotions. Comme lors de ce fameux Game 6, entre Spurs et Heat, à Miami et avec Ray Allen qui tire dans le corner. Lorsque le sport croise l’histoire, que le temps s’arrête et qu’on tatoue une séquence courte dans sa mémoire personnelle, pour le reste de sa vie, comment rester de marbre ? C’est pourtant le boulot qui fût demandé au crew en charge de ce match, dans lequel Joey Crawford était et qu’il a tenu à raconter à sa façon, maintenant qu’il n’arbitre plus du tout en NBA. Visions différentes, sensations aussi, un autre regard sur le jeu.
C’est un de mes regrets. De regarder en arrière, toutes ces années passées à arbitrer et ne pas avoir pu apprécier tous ces grands moments marquants réalisés par certains joueurs, car j’avais le sifflet. Du coup, pour le tir de Ray Allen par exemple, vous ne pouvez pas apprécier, c’est impossible. Peut-être que je le regarderai à nouveau dans quelques années, mais si je le faisais aujourd’hui, je continuerais probablement à dire que je regardais tel endroit pendant le tir. [...] J’ai eu beaucoup de chance dans ma vie, mais je n’ai jamais pu profiter de tous ces grands joueurs car j’arbitrais. Quand vous avez le sifflet, si vous faites bien votre boulot vous devez faire en sorte que les gars adhèrent à des règles et certains soirs c’est dur. J’appréciais leur esprit de compétition, mais je ne pouvais jamais apprécier leur grandeur. »
Il est évident que sur l’action mémorable des Finales 2013, la quasi-totalité de la planète basket était devant son écran ou bien à l’American Airlines Arena, agrippée à son siège, transpirant plus que jamais et laissant les émotions prendre le dessus. On exulte, on pleure, on crie, on saute, tout le monde se souvient de l’endroit où il était à ce moment précis, car l’histoire s’écrivait sous nos yeux, dans un moment de légende. Cependant, on oublie que le trio d’arbitres devait rester concentré, car le moindre détail pouvait faire la différence. Une auto-discipline rarement appréciée mais pourtant hardcore, qui demande un contrôle et un professionnalisme hors-norme. Dès que le tir rentre, les questions fusent. Combien de temps reste-t-il au chrono ? Quel est le score ? Reste-t-il des temps-morts aux deux équipes ? Vérifions si ses pieds étaient derrière la ligne, le tout dans un boucan à peine croyable et une pression à en trembler des jambes. Oui, on les critique souvent car leurs décisions peuvent parfois nous rendre fous, mais dans ces moments-là, ces petits instants qui marquent une vie sportive, savoir rester aussi carré est une qualité rare qu’il faut également saluer.
Joey Crawford peut désormais kiffer le basket en paix, il ne sera pas pointé du doigt pour ses choix ou ses préférences. Un repos bien mérité, pour une figure marquante de la NBA comme des sifflets.